C'était en 2004: l'universitaire Olivier Pétré-Grenouilleau, dans un gros livre savant, expliquait que l'esclavage n'avait
pas été une exclusivité occidentale. Et qu'on retrouvait des «traites négrières» comparables ou même plus importantes dans l'histoire de l'Afrique ou du monde arabe.
Quelques jours
après la sortie du livre, le discret universitaire avait reçu des menaces de mort - prises au sérieux par la police - et préféré ne plus paraître en public.
C'est donc sur un terrain miné que l'essayiste franco-algérien Malek Chebel s'aventure ces jours-ci avec un ouvrage sur «l'esclavage en terre d'Islam».
«Un dossier délicat, admet-il avec un fatalisme tranquille lorsque je le rencontre dans le quartier de la Bastille. C'est pourquoi j'attends un peu avant de donner des conférences à Paris. Mais à
la différence de Pétré-Grenouilleau ou d'autres, c'est de l'intérieur que je critique les dérives de l'islam, les extrémismes et les sectarismes.»
Auteur prolifique depuis 25 ans, Malek Chebel se veut à la fois un musulman irréprochable, fin connaisseur du Coran, et un libéral sans concession, partisan de la laïcité et hostile au porte du
voile. Un adversaire résolu de «l'Islam politique» et de ses prétentions à «régenter la société». Avec cette nuance: «Contrairement à d'autres, j'ai le souci d'être audible et donc d'éviter les
provocations inutiles: je prends donc soin de n'insulter personne.» Dans l'affaire des caricatures de Mahomet, il a surtout essayé de «calmer le jeu».suite
La première célébration, le 10 mai prochain, de la Journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions marque un tournant de la «politique mémorielle»: c'est non pas une date du passé qui est choisie pour commémorer un événement du passé, mais le présent qui commémore son propre regard sur le passé. Ce 10 mai renvoie en effet au 10 mai 2001, jour du vote de la loi Taubira, qualifiant la traite négrière transatlantique et l'esclavage de «crime contre l'humanité», date préférée au 27 avril 1848 (abolition définitive de l'esclavage en France).
Jacques Chirac a ainsi tranché, le 30 janvier dernier, au terme de la polémique sur l'article 4 de la loi du 23 février 2005 recommandant aux enseignants d'évoquer le «rôle positif de la présence française outre-mer». Ce texte, qui avait scandalisé nombre d'historiens, avait été retiré le 25 janvier, mais la loi Taubira, qui lui a servi de modèle et dont beaucoup d'historiens demandaient aussi l'abrogation, se voit sanctifiée. Ce paradoxe témoigne de l'ambiguïté de débats mémoriels qui prennent le pas à la fois sur l'Histoire et sur l'intérêt pour le présent, ce qu'illustre la question de l'esclavage.
Concernant le passé, les historiens s'inquiètent pour la vérité historique et pour leur liberté de recherche du fait de l'intrusion du législateur et du juge dans leur domaine. La loi Taubira procède en effet d'une lecture partielle en n'évoquant que «la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe». D'une tragédie qui appartient à la longue histoire de l'humanité elle ne retient, sur une séquence courte, que les faits imputables aux seuls Blancs européens, laissant de côté la majorité des victimes de l'esclavage. La terrible traite transatlantique, du XVe au XIXe siècle, ne constitue malheureusement qu'une partie de l'histoire de l'esclavage, qui comprend également la traite arabo-musulmane, laquelle a duré du VIIe au XXe siècle, et la traite intra-africaine, toutes deux plus meurtrières.suite
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