<<Depuis que l’État a cessé de résister à l’intégrisme, la société croyant — ou, plus sûrement, faisant semblant de croire — en l’illusion réconciliatrice a aussi cessé de résister. Il ne
faut pas croire que les Algériens communiquent parce qu’ils se lancent des salamalecs à tout bout de champ : jamais ils ne se sont autant parlés que durant “la décennie noire”. Dans l’affrontement,
mais le débat s’imposait à toutes les prétentions, contrairement à aujourd’hui où l’on se “réconcilie” sans avoir rien à se dire, où l’on s’impose sans avoir rien à dire sinon de creuses formules
éditées par le pouvoir et les talibans locaux.
La société est mûre pour l’ordre théocratique, puisque ses membres exécutent les injonctions de tout apprenti sorcier, sans vérifier la légitimité cultuelle du gourou improvisé. Comme la
connaissance du culte n’est pas le fort de la masse, l’islamisme procède par alignement. Par pans entiers, la société se laisse dicter les détails de sa conduite publique, tenue, salut, attitude,
dans un mouvement d’uniformisation dictée par la multitude d’imams improvisés qu’on trouve dans les bureaux, dans le taxi, dans les salons de coiffure, dans les commissariats, dans les casernes et
même dans les bars.
Les institutions de la République sont mûres pour l’État théocratique. Des agents se transforment en gardiens de la vertu. Et le fidèle a remplacé le citoyen.>>
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