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Dimanche 14 octobre 2007
Un entretien de Julien Lanfried à "Utopie critique" où il parle à nouveau de son livre "Contre le communautarisme. Disons à nouveau que ce livre est d'un intérêt particulier, l'auteur y expose la république et ls communautarisme qui la menace. C'est un livre important si on veut mieux comprendre les phénomènes religieux actuel en France, expliquer les islamistes par le Coran est peut-être pertinent mais clairement insuffisant si on ne regarde pas le contexte par rapport à l'Europe ,aux minorités et à la république.
Voici quelques extraits de cet entretien :

<<Julien Landfried: Contre le communautarisme est un essai de défense critique de la philosophie républicaine et de la République comme système politique concret, face à un certain nombre d'offensives qui viennent de loin, mais qui ont pu réapparaître très clairement depuis quelques décennies et en particulier durant le second mandat de Jacques Chirac : lois mémorielles, minorités victimaires, réclamation de politiques de discrimination positive, tentative d'influer sur la politique française au Proche-orient, ethno-régionalismes. Il y a quatre ans, ne l'oublions pas, la Corse a failli sortir du cadre républicain de la loi égale pour tous !>>
 
<<Les valeurs attribuées à l'esprit des communautés en viennent-elles, plus qu'à s'opposer, à casser l'idée même de justice sociale ?
Julien Landfried: Si on analyse le rôle des médias, il faut voir comment une certaine presse de gauche, à partir des années 1970-80, a décidé que la nation comme nation politique était un problème, en tout cas une configuration politique qui n'avait pas sa préférence. D'autres modes d'organisations politiques, en particulier le multiculturalisme ou le multicommunautarisme politique étaient peu à peu devenues l'objet de leur désir politique. Par exemple, Libération, Le Nouvel Observateur, Politis, Le Monde Diplomatique dans un certain nombre de leurs textes, trahissent leur préférence idéologique cachée, en mettant en avant telle ou telle revendication communautariste. Quand Libération fait sa Une sur la « question noire » en France, le même jour que la première manifestation importante du CRAN, qui est pourtant très faible numériquement, c'est en réalité Libération qui en dit long sur ses préférences idéologiques !. Dans ce cadre-là, c'est la presse de gauche qui tient un rôle déterminant car auparavant c'était elle qui, en mettant la question sociale en tête de l'agenda politique, forçait les responsables politiques et médiatiques à se positionner par rapport à elle. >>

<<Dès lors, pourquoi critiquer spécifiquement les organisations communautaires ?
Julien Landfried: La question de la représentativité est au cœur des institutions de pouvoirs et de contre-pouvoirs. Si on prend le cas des syndicats, aucun d'entre eux ne peut se prétendre représentatif de tous les salariés. Si tel était le cas, aussitôt, quelqu'un le nierait en affirmant qu'il n'appartient pas à ce syndicat, que ce même syndicat peut compter 500 000 adhérents, mais qu'il y a 20 millions de salariés en France.

Avec le syndicalisme, quel qu'il soit, salarial ou patronal, il y a toujours des gens qui n'y adhèrent pas et ont le droit de le dire, alors qu'avec les organisations communautaires, le processus d'intimidation intellectuelle, qui est à la base du communautarisme, interdit toute contestation. L'intimidation consiste à affirmer que toute critique est l'expression d'une « phobie » et vous voilà « antisémite », « homophobe », « islamophobe », « raciste » ou autre, en butte aux procès ou aux menaces ! Ce qui empêche bien entendu toute constitution d'une forme de contre-pouvoir, en raison de son coût trop élevé (risques de campagne de calomnie et de déstabilisation, polémiques publiques, menaces de procès, etc.). Or, ce sont les contre-pouvoirs qui contribuent à remettre les institutions et les organisations à leur juste place. C'est là que réside la grande différence entre « corporatisme » et « communautarisme ». Le « corporatisme » fonctionne avec de puissants contre-pouvoirs, alors que le « communautarisme » les refuse, à cause de la mise en fonctionnement de ce processus d'intimidation intellectuelle et politique. >>

<<Vous montrez clairement dans votre livre que ces organisations communautaires en viennent à diviser la société en mettant en avant des intérêts particuliers.
Julien Landfried: Je ne dis pas que les organisations communautaires ont ces objectifs, je dis que les conséquences de leurs actions en arrivent là. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Par exemple, le CRIF a pour objectif essentiel la poursuite de la défense des intérêts israéliens. Les organisations homosexuelles, aujourd'hui, ce qui n'était pas le cas il y a dix ans, ont comme objectifs principaux le mariage homosexuel et l'homoparentalité. Si on prend tel ou tel groupe musulman, ce sera de réclamer la réforme de la loi de 1905 en vue d'un financement public des lieux de culte. Il apparaît clairement que les objectifs de ces organisations communautaires ont pour effet de déclasser la question sociale. >>


<<Ce que vous appellez le « sans-papiérisme » ne recherche pas à relier ce problème avec ceux, plus larges, des travailleurs, chômeurs et autres. Non, c'est devenu un problème particulier, celui de procurer des papiers et ensuite, on ne s'intéresse plus à eux.
Julien Landfried: Les « sans-papiéristes » refusent de voir que l'immigration a un impact sur les conditions de travail et de rémunération des personnes non qualifiées de la classe ouvrière, et qu'elle crée une très forte concurrence sur les plus bas salaires. Evidemment, lorsqu'on a un rapport avec l'immigration qui se résume au personnel domestique ou aux femmes de ménage, et que l'on n'est pas soi-même mis en concurrence sur le marché du travail ou du logement, on ne peut qu'être « sans-papiériste » !

Dans le « sans-papiérisme », il y a, je le répète, un phénomène de substitution. La classe ouvrière est remplacée par les sans-papiers. Le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire Oliver Besancenot dit d'ailleurs souvent que « les immigrés sont les principales victimes du libéralisme ». Peut-on imaginer aveu plus clair ?>>
 
<<En quoi le républicanisme vous semble-t-il encore adapté ?
Julien Landfried: Pour en revenir à la question républicaine, la thèse du livre est la suivante : le modèle républicain français est, même s'il a des imperfections, un modèle robuste. Il a été pensé de manière particulièrement fine. Les principes républicains peuvent permettre à la société française de poursuivre sa propre histoire. La société française, dans son mode de fonctionnement démographique, est globalement en accord avec ces principes. Si on la compare avec les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l'Allemagne, on s'aperçoit que le degré d'ouverture, d'universalisme concret, que l'on peut mesurer par le nombre de mariages mixtes, par la capacité des gens à construire des familles avec des personnes venues d'univers différents, est très élevé. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, le peuple français est particulièrement anti-raciste, et dans le bon sens du terme, à savoir non « médiatico-associatif » ! Il vit un anti-racisme concret, discret et puissant.

Je défends aussi dans le livre l'idée que l'assimilation fait partie intégrante de l'idéal républicain. Il est consternant de voir à quel point l'idée même d'assimilation est devenu un tabou à gauche, alors que cela a été le cœur de la gauche républicaine pendant des décennies ! Voilà un principe totalement admis par les catégories populaires. Son abandon a été vécu de manière insupportable par elles, et il ne faut pas nécessairement chercher beaucoup plus loin la dynamique qui a poussé le Front National dans les années 80 au moment où le multiculturalisme théorique enterrait l'idée même d'assimilation dans la rhétorique de la gauche. >>


par laiciste publié dans : LAICITE
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