Un entretien qui date d'avril 2007 sur le livre de Julien Lanfried "Contre le communautarisme".
Parti pris : Julien Landfried, la France est elle vraiment en train d'être gangrenée par le communautarisme ? Ne brossez vous pas un tableau très noir de la situation ?
Julien Landfried : L'objet de mon essai Contre le communautarisme n'est pas de jouer les Cassandre mais de décrire la situation propice en France au développement tout azimuts du
multicommunautarisme politique. Afin d'affronter la réelle ampleur du problème, il ne faut pas hésiter à rompre avec le règne du politiquement correct et prendre le parti de nommer les responsables
concrets : politiques, médiatiques et communautaires. Depuis 2000 on a pu assister à la montée des revendications de politiques de discrimination positive sur base ethnique (CRAN, Appel des
Indigènes de la République), à la multiplication des lois mémorielles (en dépit de l'opposition corporatiste et politique du milieu des historiens professionnels), à la contestation religieuse de
l'espace scolaire et public (« affaire du voile », volonté de « réformer » la loi de 1905 c'est-à-dire de rompre avec ses principes), à la volonté de réorienter la politique étrangère de la France
au Proche-Orient selon une grille de lecture communautaire (dont le point d'acmé annuel est le dîner du CRIF), ou encore à la tentative de faire sortir la Corse du cadre républicain de la loi égale
pour tous (épisode du référendum de juillet 2003). Je multiplie dans mon essai les exemples de faillite des institutions républicaines en regard de leur mission. Je fais le constat d'un
communautarisme en expansion dans les élites, du fait du dynamisme des entrepreneurs communautaires, de la bienveillance des médias (qui cherchent des porte-parole communautaires) et de la
passivité ou de la complicité des responsables politiques. C'est ce tryptique qui explique le dynamisme de l'idéologie multicommunautariste dans les élites. Enfin j'ajoute que la très grande
majorité des membres supposés de « communautés » ethniques, religieuses ou sexuelles ne se reconnaissent absolument pas dans leur « représentants » autoproclamés dont je conteste la prétention à la
légitimité.
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