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Dimanche 16 décembre 2007

«Les lobbies religieux sont en déshérence»

Yves Scheller, en tant que président de l'Association suisse pour la laïcité, vous ne cachez pas votre scepticisme par rapport aux fêtes religieuses à l'école...

Ce ne sont pas tant les chants de Noël en soi que ce qu'ils révèlent, à savoir les tentatives de replacer le religieux dans l'enseignement, avec l'argument, du «socle civilisationnel». Mais une civilisation ne se cantonne pas qu'au religieux.

Qui visez-vous?

Cette ligne de pensée vient de menées assez clairement politiques de partis cléricalistes qui jouent sur une notion extrêmement large de la religion et de la culture. Ce besoin de retour au prétendu socle civilisationnel du christianisme s'est ravivé depuis le 11 septembre, car il met en évidence une crainte de l'islam, qu'on ne connaît pas du tout. Il serait peut-être temps de considérer qu'il y a des musulmans en Europe depuis des siècles, qu'ils ne représentent que 4% de la population suisse, que seuls 10% d'entre eux se rendent à la mosquée. Comme chez les chrétiens. Mais on en est loin. Voyez l'initiative de l'UDC contre les minarets...

Prôner les cours d'histoire religieuse à l'école serait une attitude UDC?

Non, bien sûr. Je note que cette initiative est aussi le reflet du repli identitaire, qu'il y a un climat général semblable.

Selon vous, l'Eglise est donc en danger?

Les milieux des lobbies religieux sont en déshérence. L'Eglise essaie de se réapproprier le pouvoir avec l'éducation, car les fidèles semblent se passer aisément de son enseignement. Il est faux de croire que ce qui appartient à quelques-uns est indispensable à tous. En fait, elle veut récupérer les subsides perdus en 1907 à Genève, ou 1941 à Neuchâtel.

Vous brossez un portrait bien sombre de l'Eglise...

Elle se sent assiégée, comme une partie de l'Occident d'ailleurs. D'où cette conception mythique de l'identité européenne judéo-chrétienne, quitte à minimiser ou oublier la laïcité. C'est aussi passer sous silence un peu vite l'Inquisition, la Saint-Barthélemy, ou les anabaptistes noyés dans l'Aar par Zwingli...

Pour débattre toutes ces questions, un minimum de connaissance de l'histoire des religions est nécessaire. Pourquoi alors vous opposer à ces cours?

Je n'ai rien contre des cours de morale et d'histoire, tout à fait laïcs. 

MatinOnline

par laiciste publié dans : ACTU RELIGION
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