Contrairement au stéréotype, le médiéviste n'est pas toujours un calme historien retranché dans le silence monacal de sa bibliothèque. Il est loin d'être immunisé contre les passions politiques, et il lui arrive de saisir sa batte de base-ball (c'est une métaphore) pour arranger la tête d'un de ses collègues. Il peut même s'y mettre en bande. En témoigne la polémique déclenchée par le livre de Sylvain Gouguenheim, "Aristote au Mont Saint Michel".
De quoi s'agit-il? Gouguenheim a décidé de prendre à rebrousse-poil les recherches les plus récentes tendant à montrer que les musulmans qui ont facilité l'intégration de la culture grecque (médecine, philosophie, astronomie...) dans l'occident chrétien. Une alchimie qui a préparé le terrain des lumières et de notre démocratie, au sens moderne du terme.
Selon Gouguenheim, le rôle des savants arabes dans la transmission de cette culture a été très
exagéré. Il affirme que le savoir grec a été, pour l'essentiel, directement traduit du grec au latin, sans passer par la case "arabe". Mais pour beaucoup d'historiens, cette thèse est guidée par
des arrières pensées idéologiques.suite
La polémique enfle depuis quelques jours et certains accusent Gouguenheim de préjugé idéologiques ou d'ambitions
politiques suspectes. Un article de plusieurs universitaires proteste contre lécrivain dans Libération.
Le mieux serait sans doute d'arrêter de jeter la suspicion sur Sylvain Gouguenheim, de relever ses
arguments et d'ouvrir un débat sérieux. L'auteur affirme :
"Mon enquête porte sur un point précis: les différents
canaux par lesquels le savoir grec a été conservé et retrouvé par les gens du Moyen Age. Je ne nie pas du tout l'existence de la transmission arabe, mais je souligne à côté
d'elle l'existence d'une filière directe de traductions du grec au latin, dont le Mont-Saint-Michel a été le centre au début du XIIème siècle, grâce à Jacques de
Venise.".
Sylvain Gouguenheim : encore un procès en sorcellerie ?
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